Divines, un film bouleversant sur les oppressions

Sorti le 31 août 2016, on ne présente plus « Divines », un film réalisé par Houda Benyamina, au succès autant médiatique que public. DécadréE vous dit ce que nous en avons pensé.

Publié le 30.09.2016 par MAUD MARCHAL DOMBRAT

Dounia vit dans une banlieue parisienne défavorisée. Soutenue par sa meilleure amie répondant au nom de Maimouna, elle décide de se lancer dans le trafic de drogue. Au premier abord, le synopsis de « Divines » n’a donc rien de révolutionnaire ou d’exceptionnel. Vus et revus, les films traitant de la banlieue ne font plus partie des thèmes originaux. Pire que celà, certains d’entre eux renforcent des stéréotypes racistes et classistes déjà existants au sujet de ses habitantEs.

Pourtant, le film d’Houda Benyamina parvient à se démarquer des autres par sa force et son réalisme. La réalisatrice, ayant elle-même grandi dans des quartiers défavorisés où règnent les injustices, dresse un portrait poignant et terriblement humain des gens qui y habitent. 

Un film sur la société capitaliste

 L’histoire de Dounia et de sa meilleure amie, c’est avant tout l’histoire de jeunes filles cumulant les oppressions sociales, sexistes et raciales dans une société capitaliste qui leur fait miroiter la surconsommation comme un idéal de vie. Dans une société où l’argent est roi, les personnages démuniEs du film tentent chacunE à leur manière de réaliser leurs rêves de possessions.

La violence inouïe exercée sur des protagonistes renduEs incapables d’approcher ces rêves de consommation les entraîne dans une spirale infernale. Et comment les blâmer, lorsque l’on sait que les études et le travail ne seront probablement pas suffisants pour atteindre la richesse espérée? Comment les blâmer, lorsque, pleines d’ambition et d’espoir, Dounia et Maimouna décident de quitter les bancs d’une école qui ne les mènera à rien, pour trouver leur propre voie vers l’opulence? Pour elles, réussir implique presque nécessairement de transgresser les règles.

Des systèmes de domination multiples

Comment survivre dans une société capitaliste, sexiste et raciste lorsqu’on est une femme pauvre de couleur? Dounia, Maimouna et les autres se débattent dans un système qui les désavantage en tout point et qui pourtant ne cesse de leur répéter que « quand on veut, on peut ». Prises à la gorge, elles tentent se s’emparer et de retourner à leur avantage les oppressions qu’on leur impose, tout en étant les victimes.

Pourtant, malgré ces difficultés auxquelles font face les protagonistes, le film ne tombe jamais dans le misérabilisme. DéterminéEs, touchantEs, les personnages complexes se débattant tant bien que mal contre leur condition font la force de « Divines », qui dénonce sans jamais tomber dans les clichés.

« Divines » est donc un film engagé, choquant et émouvant sur ceux et celles qui ont rarement droit à la parole et que l’on ne voit qu’à travers le prisme déformé des médias dominants. Brutale et puissante, cette oeuvre ne vous laissera pas indifférentE.