Antonio Guterres, réticent à l’égard de l’IVG, à la tête de l’ONU

Etant donné l’engagement affiché des Nations Unies dans la lutte pour les droits des femmes, on s’étonne que la position du nouveau Secrétaire général sur le droit à l’avortement sûr et légal ne soit pas d’avantage questionné.

Publié le 16 octobre 2016 par LINN LARSDOTTER

Le processus de sélection du nouveau Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies est arrivé à terme jeudi 13 octobre 2016, avec la nomination d’Antonio Guterres, ancien premier ministre du Portugal. Il entrera en fonction en janvier 2017, devenant ainsi le neuvième homme à occuper la plus haute fonction de l’ONU. L’appel de Ban Ki-moon – actuel Secrétaire général – à privilégier les candidatures de femmes n’aura pas suffi à faire craqueler le plafond de verre : L’ONU n’a encore jamais eu de femme à sa tête.

Suite à l’élection de M. Guterres, les médias et les organes internes de l’ONU ont loué ses capacités managériales et son approche humanitaire de la crise des réfugiéEs en tant que dirigeant du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR), poste qu’il a occupé de 2005 à 2015. Néanmoins, peu de voix se sont élevées pour interroger les valeurs discriminatoires prônées par M. Guterres au cours de sa carrière politique. En tant que premier ministre du Portugal, Antonio Guterres s’est fermement positionné contre le droit à l’avortement. En 1998, il a notamment lancé un référendum qui a eu pour conséquence de retarder l’obtention du droit à l’avortement légal et sûr, qui a finalement été acquis seulement en 2007. De plus, des militantEs pour les droits LGBT ont récemment rappelé les propos hétérosexistes tenus par M. Guterres lors d’une interview à la télévision portugaise, en 1995, où il affirmait « ne pas particulièrement aimer l’homosexualité », faisant un lien entre homosexualité et maladie psychique.

Ces deux épisodes sont certes vieux de vingt ans, et les personnalités publiques peuvent évoluer dans leur manière de penser la société. Il est néanmoins inquiétant que de tels positionnements ne soient pas d’avantage interrogés. Ni la presse, ni l’ONU n’en fait mention. De quoi se demander si ces positionnements ont été questionnés lors du processus de sélection pour le poste de Secrétaire général à l’ONU.

 Une situation alarmante, qui se pose en opposition aux valeurs soutenues par des institutions onusiennes. Le droit de disposer de son corps est en effet défendu par de nombreux acteurs au sein de l’ONU, conscients, comme le montrent des études1, que la pénalisation de l’avortement n’a pas d’incidence sur le nombre de femmes qui avortent. Dans les pays où l’avortement est illégal, les femmes ont recours à des interruptions de grossesses clandestines et dangereuses. Selon Médecins sans Frontières 47’000 femmes meurent ainsi chaque année suite aux complications issues de ces pratiques.

 Le 27 septembre de cette année, à la veille de la Journée mondiale d’action pour l’accès à l’avortement sûr et légal, un groupe d’expertEs de l’ONU a notamment lancé un appel pour abroger les lois et les politiques restrictives sur l’avortement.2 De plus, depuis plus d’une décennie, l’ONU met un point d’honneur à exposer les enjeux de genre et des sexualités dans sa défense des droits humains, en créant des organes spéciaux, tels que UN-Women (fondé en 2010), ou encore des campagnes ciblées, telles que Free & Equal. Sous les deux mandats du Secrétaire général Ban Ki-moon (2007 – 2017), l’ONU a ainsi fait des avancées notables et nécessaires en matière de politique pour les droits des femmes et des personnes LGBT. Il est donc légitime de se demander s’il est possible qu’un secrétaire général, puisse « [incarner les] idéaux des Nations Unies et [être] le porte-parole des peuples du monde » (site de l’ONU), tout en étant opposé au droit fondamental des femmes de disposer de leur corps.

1 Etude de 2016, Guttmacher Institute et World Health Organization : http://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(16)30380-4/abstract

2 Appel à abroger les lois et les politiques restrictives sur l’avortement à travers le monde, ONU :

http://www.ohchr.org/FR/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=20600&LangID=F