Dénoncer la culture du viol avec son corps et ses convictions

Chaque année, la Slut Walk dénonce les violences sexistes et la culture qui les entoure. DécadréE vous raconte tout, comme si vous y étiez.

Publié le 13.06.2016 par VALERIE VUILLE

Samedi, 15h, place de la navigation aux Pâquis, c’est le début de la Slut Walk. Chaque année, femmes et hommes se réunissent pour dénoncer les violences sexistes et la culture du viol. Leur mot d’ordre : Non, c’est non et rien ne justifie un viol. Elles ont ainsi décidé depuis 2012 d’utiliser leur corps et leur voix pour dénoncer l’injustice et détourner les propos sexistes.

 La foule s’attroupe sur la place, impatiente de commencer la marche. Femmes, mais aussi hommes, jeunes et moins jeunes, la manifestation regroupe des personnes venant de milieux extrêmement différents, mais qui s’identifient touTEs dans le message porté. Il faut dire que les violences sexistes n’ont ni classes ni ethnies et que tout le monde les subit. Et ça, la Slut Walk la bien compris. En se baladant sur la place, on lit les traditionnels, «ta main sur mon cul, ma main sur ma gueule » ou « mon corps n’est pas une invitation », mais également des slogans contre la discrimination LGBTQI et contre le racisme. En effet, pour l’association, les discriminations se rejoignent et se lient. Pas questions ainsi de véhiculer des propos racistes et ça les participantEs l’ont bien compris.

Le départ approche et la tension monte. Le cortège se prépare et le grand départ est annoncé. Ça y est, on peut se lâcher. La Slut Walk, c’est en effet aussi l’occasion pour chacunE de crier sa colère, son engagement et sa détermination. CertainEs le font à travers des slogans, d’autres crient ou chantent, d’autres encore utilisent leur corps. Tenues sexy et extravagantes, seins nus ou décorés de fleurs, hommes habillés en femme en soutien, tout est bon pour se faire entendre et montrer l’absurdité de la culture du viol. On traverse les Pâquis, on longe le lac et on arrive à la rue du Rhône. Devant les magasins de luxe, comme aux Pâquis ou en vieille ville le message a tout son sens. Au fur et à mesure du parcours, les partipantEs s’échauffent et les tenues s’allègent. Les regards des passantEs sont eux divers. CertainEs sont choquéEs et restent patoiSEs. D’autres, curieuxSES, posent des questions, filment et prennent des photos. Enfin, certainEs rejoignent la marche, heureux de pouvoir enfin briser le tabou qui entoure la culture du viol et des agressions sexuelles. Plusieurs fois, la marche fait une pause afin de diffuser son message et  elle se clôture à la place Neuve. ChacunE se retrouve alors pour faire le bilan de son expérience. «Je suis venue parce que je suis en phase avec les convictions de l’association et je trouve que c’est un bon moyen pour visibiliser la cause », explique une participante. Une autre est impressionnée. « C’est la première fois que je participe et je ne pensais pas m’éclater comme ça ». ToutEs se retrouvent dans leur engagement féministe, même les plus âgéEs. « J’ai déjà fait des manifestations du 8 mars, mais je dois dire que je ne m’attendais pas à ça, ajoute une autre. Normalement, la moyenne d’âge est beaucoup plus âgée et c’est beaucoup plus institutionnalisé. Je dois dire que a 58 ans, je me suis même demandé si j’étais légitime. Mais au final, c’était vraiment bien. » Une autre participantEs renchérit : « ça ouvre à d’autres personnes et c’est vraiment agréable cette liberté de ton», explique-t-elle.

Avec sa bouffée d’air frais, ses airs de fête et son militantisme revendiqué, le Slut Walk apparaît comme un ovni dans un paysage féministe encore très institutionnalisé. Mais cela, ne veut pas pour autant dire que l’association n’est pas sérieuse et ne porte pas une thématique délicate. Dernière partie de la Slut, les témoignages. Souvent lourds et tristes, on sent la volonté d’encadrer et de prévenir les malaises. Avec une remarquable bienveillance, l’association a créé un espace, qui se veut safe, pour libérer la parole. La manifestation se finit donc avec un pincement au cœur et une légère lourdeur, ce qui rappelle que la culture du viol est avant tout une culture qui engendre de la souffrance.