Des gestes d’un homme aux courages des femmes

Avec le film l’homme qui répare les femmes, la colère d’Hippocrate le réalisateur Thierry Michel nous offre un film juste, qui raconte l’histoire d’un homme et de toute une population.

Publié le 17.04.2016 de VUILLE VALERIE

Le documentaire raconte l’histoire de Docteur Mukwege internationalement reconnu pour opérer des femmes victimes de violences sexuelles. Sans misérabilisme, en mettant l’accent sur la beauté des hommes et des paysages de la République démocratique du Congo, le réalisateur parvient à amener le spectateur au cœur même de ce pays meurtri.

Tout découle de l’histoire de ce médecin tout d’abord, qui rêvait de devenir pédiatre, mais qui, touché par le sort de ces femmes part en France et devient gynécologue. Il se révèle sincère devant la caméra à la fois engagé et fragile, en racontant sans détour les drames quotidiens. Mais loin d’être la star du film, il met surtout en lumière la remarquable force de ces femmes. C’est elles, qui traversent les villes en portant des sacs aussi lourds qu’elles. C’est elles, qui se battent pour survivre à l’horreur et se reconstruisent. C’est elles, qui illuminées d’espoir persuadent le docteur Mukwege de revenir, alors en exil en Europe après des menaces. En mettant en avant la force de ces femmes et leur importance dans la société congolaise, le film laisse percevoir l’impact que peut avoir ces violences sexuelles sur le pays. Utilisées comme une véritable arme de guerre, elles l’affaiblissent et répandent la terreur. On regrettera cependant que l’analyse de ce phénomène ne soit que sous-entendue.

La puissance des images et des témoignages retrace une réalité poignante, qui est loin d’être uniquement humaine. Pour comprendre, il faut appréhender les enjeux économico-politiques judicieusement amenés dans le film. Traquant le coltan, matériaux servant à la fabrication des appareils électroniques, les militaires et rebelles n’hésitent par à terroriser la population du Kivu (région de l’Est du Congo). Mais plus encore, le film remet également en question la capacité de la justice congolaise et internationale. Les unEs font face à la honte des victimes et de leur famille, qui peinent à dénoncer, mais aussi à la puissance des pressions politiques. Les autres restent muetTEs. L’ONU est en effet présente depuis 15 ans sur le terrain. Plus encore, un rapport contenant 617 actes de violations graves des droits de l’homme est entre les mains des autorités internationales depuis 2010. Pourtant, les seules à se battre restent les femmes du Congo et cet homme, qui tente dans un nouveau souffle d’espoir de persuader les maris, frères et fils de les soutenir.