Donna Italiana’60

Le cinéclub de l’Unige propose de découvrir les différentes facettes des « donna italiana » à travers le cinéma italien des années 60 et ses actrices mythiques! Interview avec Diana Barbosa Pereira.

Publié le 17.04.2016 propos receuillis par VALERIE VUILLE

DécadréE : Qu’est-ce qui t’a donné envie de proposer un cycle sur la femme dans le cinéma italien des années 60 ?

 Diana : Plusieurs choses. D’abord, j’avais envie d’un cycle qui permette de présenter autant des comédies que des drames ou des thrillers. Et puis, travailler sur la figure de la femme dans les années 60 en Italie m’a paru super intéressant. C’est une période de grands changements et on voulait voir à quel point ces changements influencent la perception des femmes.

DécadréE : Et justement alors, décris-nous ces figures féminines.

Diana : Elles sont assez variées. Avant les années 60, on pouvait voir deux figures principales : la mère et la putain. Avec l’arrivée de la libération sexuelle, on observe des changements, mais on doit les relativiser. Certains réalisateurs restent dans la même opposition, d’autres s’en éloignent. Ils créent alors des figures qui essayent de se détacher de leur rôle prédéterminé, mais malheureusement ça ne se finit jamais bien. Le côté tragique et l’instabilité des femmes sont fortement accentués dès les années 60. On les sent en décalage avec la société. C’est notamment ce qu’aime travailler Antonioni en illustrant la folie. On présentera ainsi deux de ces films : le désert rouge et l’Eclisse.

DécadréE : Si je te comprends bien, la situation évolue, mais cela ne change pas radicalement. Tu as l’impression que dans ce cas-ci le cinéma est le reflet de sa société ?

 Diana : Je pense que le cinéma était en fait beaucoup plus en avance. La société italienne à cette période reste très patriarcale et catholique. À mon avis, les réalisateurs ont voulu être avant-gardistes à travers ces représentations. C’est peut-être là une des principales différences entre la nouvelle vague française et la nouvelle vague italienne. Les Français sont très aventureux dans la forme, mais la représentation des rôles sociaux reste très traditionnelle, surtout lorsque l’on parle des femmes. En Italie, on a cette tradition d’un cinéma très social mais aussi très à gauche. Ils faisaient des critiques virulentes de la société de consommation et de la pauvreté.

DécadréE : Pourtant j’ai vu que les années 60 voient naître le genre de la comédie érotique à l’Italienne. Comment tu l’expliques ?

Diana : C’est paradoxal, c’est vrai. Je pense que les corps ont été libérés, mais pas les femmes. Cela se voit très bien dans ces comédies érotiques. Les femmes participent à une sexualité libérée, mais elles restent elles-mêmes cantonnées dans des rôles traditionnels.

DécadréE : Parlons maintenant de votre sélection. Vous avez choisi de faire un cycle sur les femmes sans y avoir mis des films réalisés par des femmes. Pourquoi ?

Diana : On voulait et on a vraiment cherché, mais malheureusement dans les années 60, il n’y a pas de réalisatrices connues. Je connais une très bonne réalisatrice italienne, Lina Wertmüller, mais elle commence à réaliser dans les années 70. Je pense qu’à l’époque les femmes n’avaient malheureusement pas leur place derrière la caméra. Elles étaient des images et des icônes, mais pas des artistes en tant que tels.

PROGRAMME

Les rendez-vous sont fixés le lundi à 20h à l’Auditorium Arditi

  • le 4 avril: Sedotta e Abbandonata de Pietro Germi
  • le 11 avril: La Ciociara de Vittorio de Sica
  • le 18 avril : Vaghe Stalle Dell’Orsa… Sandra de Luchino Visconti
  • le 25 avril: Mamma Roma de Pier Paolo Pasolini
  • le 2 mai: Il deserto Rosso de Michelangelo Antonioni
  • le 9 mai: Giuietta Degli Spiriti de Federico Fellini
  • le 23 mai: I dolci inganni de Alberto Lattuada
  • le 30 mai: La ragazza che Sapeva Troppo de Mario Bava
  • le 6 juin: La matriarca de Pasquale Festa Campanile
  • le 13 juin: L’eclisse de Michelangela Antonioni