Elles luttent contre les pratiques gynécologiques abusives

Une pratique gynécologique plus « safe », plus en accord avec la patiente est-elle possible ? C’est ce qu’affirme le collectif AdopteUnEGynéco qui a créé le site du même nom.

publié le 03.01.2016 par VALERIE VUILLE

Quasi « rituel » réservé à toutes les femmes et certaines transgenres, la consultation gynécologique peut pourtant parfois tourner au cauchemar. C’est le constat qu’a fait le collectif AdopteunEGynéco. Elles se mobilisent alors et décident de s’inspirer du projet français Gyn&Co pour monter une plateforme participative afin de créer une liste de gynécologues safe. ChacunE peut ainsi remplir un formulaire pour recommander unE gynécologue. Si cette pratique ne permet pas de prendre le problème à la racine, elle a l’avantage de trouver une alternative.

« Que ce soit parmi nos amiEs, nos proches ou pour certainEs au sein de leur milieu professionnel, la question revenait sans cesse “Tu connais unE bonNE gynéco?”, expliquent les membres du collectif. Nous avons en effet fait le constat que de nombreuses personnes ont vécu de mauvaises expériences lors de consultations gynécologiques.” Ces “mauvaises expériences”, elles les décrivent comme différentes facettes du paternalisme médical. Cela peut aller de jugement de valeur sur le poids, les pratiques sexuelles, ou la pilosité jusqu’au non-respect de l’intégrité corporelle des patientEs.

Ces descriptions n’étonnent pas la chercheuse Marilène Vuille, collaboratrice scientifique en études genre à l’Université de Genève. “En France, de nombreux témoignages dans ce sens sont apparus sur les réseaux sociaux suite à la diffusion sur France Culture, en septembre 2015, d’une émission consacrée à la maltraitance gynécologique, explique-t-elle. Si ces débats n’ont pas la même vigueur chez nous, ils ont débordé les frontières de l’hexagone.” Les difficultés que peuvent rencontrer les femmes face à leurs gynécologues ont donc déjà été soulignées. “CertainEs chercheurSEs se sont déjà intéresséEs à ce sujet, ajoute la chercheuse. En Suisse, on peut citer une étude ancienne de Gianfranco Domenighetti et al. (parue dans The Lancet en 1988) à propos de l’hystérectomie. Cette pratique mutilante était effectuée tout à fait couramment pour des problèmes gynécologiques parfois mineurs, surtout sur des femmes ménopausées qui n’avaient “plus besoin” de leur utérus. Aux États-Unis, l’éducatrice sanitaire Terri Kapsalis avait publié en 1997 un ouvrage à propos de l’examen gynécologique, qu’elle analysait comme une performance, au sens théâtral du terme, et comme un rituel particulier, lié à l’exercice du pouvoir masculin.”

Le problème ne daterait en effet pas d’hier, durant les mouvements sociaux des années 1970 aux États-Unis des initiatives ont d’ailleurs déjà été mises en œuvre. Un collectif de Boston a ainsi écrit le livre “Notre corps, nous-mêmes” (Our Bodies Ourselves), afin de permettre aux femmes de devenir actrices de leur santé. Le livre a été traduit en 30 langues, réédité plusieurs fois, puis adapté pour un site internet.

Une question de formation ?

Mais comment expliquer ces sentiments des patientEs ? Pour les membres d’AdopteUnEGynéco, il s’agit de manque de sensibilisation à ces enjeux lors de la formation des gynécologues. Marilène Vuille acquiesce.  “Les gynécologues ne sont pas plus forméEs aux questions de genre que les autres médecins. À Lausanne, par exemple, l’enseignement sur le genre n’a commencé qu’à partir du milieu des années 2000 et reste encore marginal”, explique-t-elle.

Pour la chercheuse, la raison de ces “dérapages” doit également se chercher dans le statut social des médecins et dans les mécanismes genrés sous-jacents. “Ils sont aussi liés à la domination professionnelle des médecins. Sur le plan statutaire, les médecins jouissent d’un statut privilégié, explique-t-elle. Ils sont habilitéEs à dire ce qui est bon ou mauvais pour la santé des individus, quels comportements sont à encourager ou à proscrire. De plus, les hommes sont longtemps restés les seuls sujets savants, alors que les femmes étaient les objets privilégiés de ce savoir. Ce déséquilibre structurel a été ébranlé, mais pas au point d’avoir disparu, la culture médicale reste masculine. D’ailleurs, certaines femmes médecins ont des pratiques aussi sexistes que celles de certains de leurs collègues hommes.”

Face à ces discours, une question reste en suspens : comment se protéger et réagir face à ces pratiques ? Une thématique importante pour les personnes fondatrices d’AdopteUnEGynéco. Si elles comptent travailler sur la question et mettre un onglet sur leur site internet, elles redirigent déjà les personnes vers des associations telles que Viol-Secours à Genève, qui reçoit notamment des personnes victimes d’abus sexuels par des personnes ayant autorité, comme par exemple des professionnels de la santé. “De manière générale, il s’agit également de mettre en avant que nous avons le droit d’exprimer notre désaccord lors d’une consultation gynécologique, ajoutent-elles. Nous avons aussi le droit de quitter à chaque moment une consultation si nous en ressentons le besoin.”

Pour en savoir plus :

 

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