Essure : le scandale caché

Récemment, les protestations contre l’utilisation de la méthode de contraception définitive « essure », commercialisée par la célèbre firme Bayer, se font de plus en plus fortes. DécadréE revient sur ce dispositif critiqué.

Publié par Maud Marchal Dombrat le  18.04.2017

Essure est une méthode de ligature des trompes qui consiste à introduire dans les trompes de fallope deux micro-implants par les voies naturelles. À terme, le tissu cicatriciel des trompes se referme et les trompes sont ainsi obstruées totalement au bout de trois mois. Contrairement à la ligature des trompes classiques qui consiste à couper ces dernières via une incision pratiquée dans l’abdomen et qui nécessite quelques jours de repos, la méthode essure peut se pratiquer sur une patiente consciente et ne nécessite pas de congés. La méthode semble donc être non-invasive, rapide et efficace… Pourtant, elle est largement controversée.

Il suffit d’une rapide recherche sur facebook pour se rendre compte de l’ampleur du problème. Les groupes du type « Essure France : alerte ! », « essure le cauchemar d’une vie » y fleurissent et les adhérentes y sont nombreuses. En tout, ce sont des milliers de femmes qui se réunissent pour partager leurs expériences et se soutenir.

Parmi elles, Marielle Klein, présidente et fondatrice de l’association R.E.S.I.S.T. France qui réunit aujourd’hui environ 1100 membres. Elle-même victime de sérieux effets secondaires dus à la méthode essure, se sentant soulagée après le retrait des implants, elle finit par témoigner publiquement. Les réactions à son témoignage la poussent à créer l’association, dans le but de soutenir les femmes victimes de ce qu’elle considère être un scandale sanitaire. « Les troubles créés par essure ne se limitent pas à la sphère gynécologique, ce qui les rend difficiles à diagnostiquer, explique-t-elle, si beaucoup de femmes ont des hémorragies à la suite des implants, elles expérimentent aussi des troubles de la vision, des sinusites, des pertes de mémoire… Ces troubles ne sont pas reconnus comme étant liés à l’implant. « 

Céline, 39 ans, a ainsi choisi la stérilisation définitive avec les implants essure en janvier 2014, après trois grossesses. Chez elle, les effets secondaires arrivent très rapidement. “J’étais une sportive, déclare-t-elle, mais après la pose des implants, j’étais très vite essoufflée et j’ai dû arrêter. Ça a été le début d’une série de problèmes.” On découvre par la suite que l’implant droit a perforé la trompe et a migré vers son intestin. Elle est opérée en juillet, la trompe perforée est retirée et l’implant droit enlevé. “À partir de ce moment, ma santé c’est un peu amélioré, explique Céline, mais je restais essoufflée. Je souffrais aussi de maux de dents, d’une inflammation de l’estomac et de l’oesophage qui m’empêchait de me nourrir… Avant ça, je n’avais jamais été malade. À cause des implants, j’ai commencé à consulter spécialiste sur spécialiste, sans que l’origine de mes problèmes ne soit trouvée.” En 2016, c’est le témoignage de Marielle Klein qui lui fait prendre conscience de la source de ses problèmes. Le 15 mars 2017, elle est enfin opérée. « Certaines femmes décrivent presque un miracle lors du retrait des implants. Pour moi, ça n’est pas le cas, mais ça va un peu mieux. Je n’ai plus de maux de tête, je marche mieux, mon coeur va mieux. »

Comme plusieurs femmes avant elle, Céline a décidé de se lancer dans une procédure judiciaire contre Bayer. L’association R.E.S.I.S.T. France propose justement des aides à celles qui souhaitent se tourner vers la justice. Pour Céline, le but est avant tout de visibiliser les effets secondaires violents des implants essures, mais aussi de faire reconnaître ses torts à Bayer. « Pourquoi n’arrêtent-ils pas? s’indigne-t-elle, c’est vraiment trop nocif. Pour eux, les intérêts sont plus grands que les dommages collatéraux. Mais à ce stade, on ne peut plus vraiment parler d’intérêts. »

Environ 120.000 femmes ont recours à ce contraceptif définitif en France, depuis sa mise sur le marché en 2002, en France. Chaque année, de plus en plus de voix se font entendre en France et ailleurs pour dénoncer cette méthode de contraception qui détruit la vie de ses porteuses.