Hypatie d’Alexandrie : philosophe, mathématicienne, symbole

Philosophe et mathématicienne, Hypatie d’Alexandrie est l’une des premières figures de femmes scientifiques dont nous avons une connaissance suffisamment étayée pour en brosser le portrait. C’est néanmoins par son décès, source de mythes et de récupérations idéologiques, qu’Hypatie est rentrée dans l’Histoire. Le mythe d’Hypatie montre la chercheuse Anne-Françoise Jaccottet, est repris par plusieurs siècles de diverses causes philosophiques, allant contre l’Église, représentant la “vierge assassinée” au théâtre, les Lumières ou encore la cause féministe, à travers les âges. Ce mythe, rappelle toutefois que les sources que nous possédons d’elle sont incomplètes, voire biaisées dans le portrait qui en est fait.

Publié le 19.01.2016 par CAMILLE BAJEUX

Née aux alentours de 360 ap. J-C, Hypatie d’Alexandrie est la fille d’un éditeur et commentateur de textes mathématiques, Théon d’Alexandrie. Enfant, elle est initiée aux mathématiques et à la philosophie par son père. L’étude la passionne et elle poursuivra sa formation à Athènes avant de revenir vivre à Alexandrie. Dans sa ville natale, Hypatie donne des conférences publiques et enseigne la philosophie, les mathématiques et l’astronomie à l’Université. Ses disciples sont nombreux, fascinés par sa prétendue virginité (elle ne se mariera jamais) et par la sagesse de son enseignement. Ses disciples vouent sa beauté et certains la courtisent. Une anecdote veut par ailleurs qu’auprès d’un étudiant insistant, Hypatie lance un drap taché de sang menstruel, lui assénant “Vous aimez ceci, jeune homme, et il n’y a rien de beau à ce sujet.”

De ses travaux, peu sont parvenus jusqu’à nous, car la majorité aurait brûlé dans l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie. S’il est difficile de retracer exactement l’étendue de son œuvre, de nombreux historienNEs s’accordent à attribuer à Hypatie des commentaires sur des œuvres de grands mathématiciens, tels que les Arithmétiques de Diophante, mathématicien alexandrin du IIIe s. apr. J.-C., ou encore des commentaires sur les Sections coniques d’Apollonios de Pergè, géomètre du IIe s. av. J.-C. Elle aurait également participé à l’édition des Canons astronomiques de Ptolémée, célèbre astronome, mathématicien et géographe. Elle participe à l’étude des planètes, et de la rotation du soleil autour de la Terre. On lui attribue parfois la découverte de l’orbite elliptique de la Terre, un aspect fondamental des connaissances astronomiques. Elle aurait par ailleurs dessiné un instrument permettant de déterminer l’altitude des étoiles et des planètes, nommé « astrolabe”. De nombreux travaux semblent également avoir été publiés en collaboration avec son père, Théon.

Mais c’est par sa mort douloureuse qu’Hypatie rentrera – et restera – dans l’Histoire. À l’époque, les tensions religieuses agitent Alexandrie. Dès la fin du IVe siècle, les chrétiens brûlent des temples païens tels que le Sérapeum, centre culturel important hébergeant une partie de la bibliothèque d’Alexandrie. Hypatie, païenne, ne se convertit pas au judaïsme et au christianisme naissant. Les raisons exactes de son décès ne sont pas sûres : ses amitiés et son rôle dans les querelles de religion, mais également le symbole qu’elle représente en tant que femme païenne, éclairée et philosophe en font une cible pour les groupes extrêmistes chrétiens. En 415, en revenant de l’Université, elle est attaquée par un groupe de prêtres chrétiens qui la dénudent, la battent à mort, pour finalement la démembrer et brûler ses restes.

Le symbole d’Hypatie est repris par diverses représentations idéologiques : marquant la fin de l’Antiquité pour certainEs historienNEs, le combat de la Science sur l’idéologie pour les philosophes des Lumières, il est difficile de savoir exactement quelles furent sa vie, son oeuvre, ses contradictions. En tant que femme de science, néanmoins, elle marque l’Histoire de son empreinte.