La jeunesse et le refus d’enfant

Dans nos sociétés natalistes européennes, avoir unE enfant est présenté comme une évidence et un chemin vers le bonheur. Pourtant, tout le monde n’en a pas forcément envie.

publié le 10.06.2016 par MAUD MARCHAL DOMBRAT

 « Ne pas vouloir d’enfants est encore assez tabou dans nos sociétés, il existe une forte pression sociale notamment sur les femmes de 25 à 35 ans. » explique Charlotte Debest, docteure en sociologie et auteure de l’ouvrage intitulé « le choix d’une vie sans enfant ». Les individus choisissant de ne pas avoir d’enfants sont en effet une minorité dans nos sociétés natalistes. Cette position marginale peut ne pas être prise au sérieux, d’autant plus si les individus sont très jeunes.

Emma et Mathilde ont toutes les deux 18 ans. La première envisage des études de médecine alors que la seconde a intégré une école de théâtre. Malgré des orientations très différentes, le point commun de ces deux jeunes femmes est leur désir affirmé de ne pas avoir d’enfants. Emma certifie ne pas vouloir d’enfants « depuis toujours ». Aux responsabilités qu’implique la maternité, elle préfère la liberté conférée par son statut de femme sans enfants. « C’est très égoïste, mais un enfant ça met beaucoup de freins, explique Emma. On est obligé de lui consacrer plus de temps qu’à soi. Moi, je veux voyager et je veux me consacrer à mes études et à mon futur travail. On veut en profiter. Avec un enfant, ça me semble impossible. » Mathilde quant à elle déclare ne jamais avoir été vraiment à l’aise avec les enfants. Elle craint aussi pour leur avenir. Elle considère qu’au vu de la conjoncture actuelle, avoir un enfant n’est pas une bonne idée et refuse de les voir grandir dans un monde qui se dégrade.

Mais au-delà d’une autre vision de la vie, le corps a aussi une place dans leur argumentation. La peur de l’accouchement et de sa transformation suite à la grossesse sont également des points négatifs dans leur vision de la maternité. « Cette année, j’ai une copine de 20 ans qui est enceinte. Raconte la jeune femme. Pour elle, ça a toujours été une évidence, elle voulait beaucoup d’enfants. Elle parle de l’accouchement avec ses copines et elles sont sûres de ce qu’elles veulent. Mais moi je trouve ça horrible! C’est déjà dur de s’accepter en soi, sans rien, mais de s’accepter en voyant son corps changer, c’est à mille lieues de ce dont je suis capable. »

L’incompréhension de l’entourage

Leur choix atypique les place dans une position particulière par rapport à leurs amiEs et familles. Les personnes ne souhaitant pas avoir d’enfants, quelque soit leur âge, sont sujets à des remarques et à des réactions souvent négatives et des stéréotypes tout aussi peu flatteurs, tels que « égoïste » ou « carriériste », comme le note la chercheuse Charlotte Debest. Stigmatisée dans son idéal de vie, Mathilde préfère même garder sa décision sous silence pour le moment. Et si Emma en parle assez naturellement, elle se dit agacée des remarques que ses proches lui font. « On en discute avec les copines, explique Emma, elles se racontent combien d’enfants elles veulent. Mais quand elles me demandent, je leur dis que non, je ne suis pas intéressée. Au final, on me dit souvent les mêmes choses. « Tu peux changer d’avis, on ne sait jamais… ». Globalement, je le prends assez mal parce qu’on remet vraiment en cause mes idéaux. Mais d’un autre côté, c’est vrai qu’on ne sait jamais vraiment ce qui va se passer. » Finalement, la discussion la plus difficile semble être celle avec les parents qui n’auront donc pas de petit-enfants. « Pour moi, ce n’est pas un choix facile à assumer. Par exemple, je ne le dis pas à mes parents, confie Mathilde. Je sais que je devrai leurs en parler un jour ou à un autre et qu’ils l’accepteront. Mais ils aimeraient être grands-parents, mais ça ne passera pas par moi. C’est triste pour eux, mais c’est ma vie. « 

Dans une société où la procréation est considérée comme la norme, Mathilde et Emma semblent ainsi marcher à contresens. Alors qu’avoir unE enfant est souvent envisagé comme un événement important et heureux dans la vie d’unE individuE, ces deux jeunes femmes choisissent de faire passer avant d’autres facteurs, comme leur carrière ou leur souhait de liberté.