Le clitoris, notre intime inconnu

Pourquoi connait-on si peu de choses sur le clitoris ? Cet organe dédié au plaisir féminin est encore source de méconnaissances, voire d’ignorances, sur son aspect, sa fonction, et même sa localisation. Le Haut Conseil à l’égalité entre femmes et hommes en France, a publié en juin dernier un rapport épinglant le manque d’éducation sexuelle à ce sujet. Et les chiffres sont frappants : une fille de 15 ans sur quatre ne sait pas qu’elle a un clitoris.

Publié le 05.11.2016 par CAMILLE BAJEUX

Nous sommes allées à la rencontre de Clitoris-Moi !, une association lausannoise dont le but est de promouvoir et de discuter du plaisir et des désirs féminins , et en particulier, du clitoris. Entretien.

DécadréE: Pouvez-vous nous présenter l’association en quelques mots ?

On a créé l’association dans le but de promouvoir les connaissances sur le plaisir et le désir féminin par tous les moyens possibles et inimaginables en favorisant une approche multidisciplinaire sur le clitoris. Le but est de favoriser l’empowerment des femmes, pour qu’elles s’approprient des connaissances et un vocabulaire adapté à leur sexualité, qu’elles puissent prendre en main et appliquer dans leur vie de tous les jours. Nous sommes parties d’un constat : on s’est rendu compte que beaucoup de gens confondaient le clitoris avec son gland, alors que ce n’est pas la même chose. L’idée de l’association, c’est donc aussi de permettre aux femmes de découvrir leur propre corps.

DécadréE : Quelles sont les activités que vous proposez ?

Nous organisons des ateliers, quatre fois par année, entre femmes, où nous favorisons la discussion. Nous ne voulons pas nous poser en tant qu’expertes, mais plutôt ouvrir un espace de discussion commun. Soit les sujets viennent spontanément, soit nous disposons de cartes avec des thèmes : « est-ce que la sexualité se limite à la pénétration ? » « Est-ce normal de ne pas avoir d’orgasme ? » « L’éjaculation féminine » etc. Mais en général, les cartes ne sont pas utiles, les questions viennent toutes seules. Dans la deuxième partie de l’atelier, nous encourageons les femmes à regarder leur vulve avec un miroir derrière un paravent, puis à échanger leurs impressions. En général, on observe que toutes les vulves sont différentes, mais qu’il existe beaucoup de similarités. Ainsi, certaines ont des petites lèvres plus grandes que d’autres, et il est rassurant de n’être pas seule dans ce cas. Cela montre la diversité des vulves et que nous ne sommes pas toutes pareilles. Cet exercice en groupe permet également d’aller à l’encontre des images que l’on voit dans les pornos, c’est-à-dire des vulves de type « petites filles ». Au dernier atelier, tout le monde s’est pris au jeu, alors que normalement les participantes sont plus timides, seulement quelques-unes qui le font d’habitude. Généralement, ces ateliers sont très bien reçus. Nous avons de très bons retours des femmes qui viennent nous voir, elles nous disent qu’elles sont enchantées, que ça a libéré la parole.

En plus des ateliers, nous essayons de faire des trucs un peu plus «fun ». Nous faisons des badges avec un clito dessus. Nous avons également construit un clito géant en papier mâché avec lequel nous sommes allées au marché de Lausanne. Nous demandions aux passants s’ils savaient ce que c’était…

C’était vraiment très chouette parce que ça été très bien accueilli, les gens étaient gênés, mais jamais agressifs. Ils nous disaient de tous : « ah mais vraiment, c’est si grand ?! ». Cette action nous a permet de toucher des personnes de 15 à 88 ans. Nous souhaitons faire de l’éducation sexuelle dans la rue, pour toucher un maximum de monde.  

DécadréE: Pourquoi avoir mis l’accent sur le clitoris en particulier ?

Nous sommes parties sur le clitoris à cause de ce problème de méconnaissance, mais de manière générale nous souhaitons parler du plaisir féminin. Quand on voit les découvertes qui ont été faites et les manuels d’éducation sexuelle qui sont encore utilisés maintenant, le décalage est impressionnant. Il y a un réel besoin d’ouvrir la parole et de partager avec les personnes.

La recherche scientifique, quant à elle, ne cesse d’avancer sur la sexualité des hommes, mais ce n’est pas la même chose pour les femmes. Quand on voit que les premières échographies du clitoris datent de 2008, c’est complètement fou ! Pourquoi elles n’ont pas été faites avant, alors qu’on regarde des ovaires depuis beaucoup plus longtemps ? Nous souhaitons ainsi également faire avancer ces recherches pour avoir des réponses précises. Il subsiste encore de nombreuses contradictions au sein de la recherche actuelle, notamment sur la question du « point G » ou de l’éjaculation féminine.  

DécadréE : Est-ce que vous ciblez la jeunesse, ou un public en particulier ?

Non, l’association est vraiment ouverte à tout le monde. Dans les ateliers nous ne fixons pas de limite d’âge. Des femmes de 20 à 70 ans sont venues, ou encore des femmes de 50 ans qui viennent et qui n’ont jamais regardé leur vulve. Le spectre des personnes qui sont curieuses est assez large, et nous sommes toutes égales face à ce manque de connaissances.

DécadréE : Quelles sont les fausses croyances que vous rencontrez de la part du public ?

Plutôt que des fausses croyances, on a souvent des fausses représentations. Quelque chose qui m’avait marqué, c’était une femme qui s’en voulait beaucoup de penser autre chose qu’à son mari quand elle faisait l’amour avec lui pour atteindre l’orgasme. Elle s’en voulait beaucoup d’avoir un imaginaire qui n’était pas directement lié à son compagnon, et là, tout le monde a rebondi pour dire « ah mais moi, si je pense à mon mec pendant que je couche ça ne marche pas du tout, du coup je pense à autre chose ». Il y a beaucoup de cas comme ça, de personnes qui se sentent coupables. La discussion permet de déculpabiliser, de se rendre compte que d’autres femmes sont pareil. C’est très rassurant ! Une autre chose revient régulièrement, c’est la peur de la saleté. Les odeurs ou l’aspect des glaires portent souvent les femmes à penser qu’il y a des maladies liées à ceci. Dimanche dernier par exemple, il y avait beaucoup de femmes qui nous expliquaient que deux à trois fois par an, elles allaient chez le gynécologue pour faire un frottis, parce qu’elles pensaient que c’était bizarre. La saleté, enfin, l’hygiène intime est un sujet qui préoccupe.

DécadréE : Quel regard portez-vous sur l’évolution de l’éducation sexuelle sur le clitoris ? Qu’est-ce qui pourrait être amélioré ?

Déjà, davantage d’éducation sexuelle dans les écoles et de meilleure qualité. J’ai des collègues qui donnent des cours d’éducation sexuelle, et pour les défendre, elles ont très peu de temps et doivent aborder énormément de sujets. Si on leur donnait plus de temps, on pourrait aborder plus de sujets, on pourrait parler du clitoris, du plaisir féminin, des odeurs, de la vulve.

Clitoris-Moi organise un prochain atelier le 20 novembre. Pour les contacter, rendez-vous sur leur page facebook ou par e-mail : clitorismoi@gmail.com