Le congé paternité : l’égalité dans le monde professionnel et domestique

Si le congé maternité fédéral a été établi en 2005, la Suisse reste en retard en ce qui concerne le congé paternité par rapport à ses voisins européens. Zoom sur l’initiative « Pour un congé paternité raisonnable – en faveur de toute la famille ».

Article publié le 20.07.2016 par VALERIE VUILLE

Depuis mai, une récolte de signatures concernant une initiative pour un congé paternité payé de 20 jours a été lancée par l’organisation faîtière, Travail.Suisse. Fatiguée de 10 ans de débats politiques infructueux, l’organisation a su fédérer plus de 140 associations et demande aujourd’hui une consultation du peuple sur la question. Selon eux, en plus d’amener une égalité au sein de la vie familiale, le congé paternité est également essentiel dans le chemin vers une parité au sein du monde professionnel.

«Après 10 ans de débats et 30 refus de la part du parlement, il fallait augmenter la pression et demander au peuple de se positionner, explique Adrian Wüthrich, président de l’association « Congé Paternité Maintenant ». Nous avons un effet observé une rupture entre le discours des politiques et les besoins exprimés par les familles. Beaucoup de pères aujourd’hui cherchent à s’investir plus dans la vie familiale, mais se voient refuser ce droit. » Il est vrai qu’en Suisse les pères sont mal lotis. En cas de naissance, ils peuvent uniquement prendre 1 ou 2 jours de congé selon l’art. 329 CO qui régit les congés usuels. Insuffisant, estime l’association, pour participer activement au chamboulement que produit l’arrivée d’un enfant.

Un geste fort pour l’égalité professionnelle

Cette différence entre les discours des politiques et le besoin des pères n’étonne pas Jeanne Fagnagni. Chercheuse à l’institut de recherches économiques et sociales, elle a écrit un article traitant de la place des pères dans le monde professionnel : « S’occuper des enfants au  quotidien, mais que font donc les pères ? ». « Nous avons observé que les hommes ont de plus en plus exprimé le désir de pouvoir mieux s’occuper de leurs enfants. Pourtant dans la réalité, nous n’avons pas encore atteint le partage des tâches, explique la chercheuse. En questionnant ce paradoxe, nous avons observé que les pères investis étaient mal considérés au travail. S’ils demandent des temps partiels, des horaires flexibles ou encore un congé pour garder leur enfant malade, ils sont automatiquement stigmatisés. » Pour Jeanne Fagnagni, le congé paternité est ainsi un pas important pour pousser les employeurs à reconnaître le statut de père et ainsi permettre aux hommes de s’investir dans la vie familiale. « Le fait de permettre aux pères d’être plus présents à la maison laisse aussi la possibilité aux mères de maintenir leur carrière professionnelle et de mieux concilier vie privée et vie professionnelle », ajoute la chercheuse Jeanne Fagnagni. Le président de « Congé paternité Maintenant » acquiesce. Selon lui, le congé paternité doit permettre d’apporter une plus grande égalité au sein de la famille et de l’entreprise.

Du privé dans le public ?

Ce lien entre la vie privée et la vie professionnelle, les opposants à l’initiative le considèrent tout à fait différemment. Sur le site de l’Union patronale suisse, qui n’a pas souhaité s’exprimer, on peut lire que c’est à l’entreprise de fixer ses règles en matière de congé paternité et non à l’Etat de les lui imposer. « Alors qu’une entreprise, par exemple, aura la possibilité d’accorder à un jeune papa des journées de congé supplémentaires, une autre lui offrira davantage de souplesse dans son travail et une troisième des prestations accessoires plus généreuses. Le fait que dans de nombreuses entreprises, des accords de ce genre existent et font leur preuve montre que cela fonctionne déjà bien ainsi. » Un argumentaire, qui sépare drastiquement le privé du public et qui s’oppose aux recherches de Jeanne Fagnagni.

Le congé paternité n’est cependant pas un outil miracle et ça Jeanne Fagnagni comme Adrian Wüthrich en sont conscients. « C’est un premier pas, déclare-t-il. Il faudra ensuite encore travailler et continuer à proposer des mesures, comme le congé parental. » C’est ainsi un long processus qui commence.