Le diagnostic préimplantatoire : le corps des femmes à l’égide de la science

Le 5 juin prochain, les SuisseSSEs voteront sur la modification de la loi sur la procréation assistée. Une année après que la modification de l’article constitutionnel rendant possible le DPI (diagnostic préimplantatoire) ait été acceptée, les SuisseSSEs se retrouvent ainsi à nouveau confrontéEs à la question. Au-delà des questions de vie, les techniques de procréation médicalement assistée posent aussi des questions en terme de genre. Petit panorama de la question avec la doctorante en études genre à l’Unige Marilène Vuille.

publié le 17.05.2016 propos receuillis par VALÉRIE VUILLE

DécadréE : Vous êtes actuellement en train de faire votre doctorat à l’Université de Genève. Vos recherches portent notamment sur la naissance, l’obstétrique ou encore la prise en charge médicale de la douleur et du corps. Pouvez-vous nous raconter dans quel cadre sociologique et discursif se positionnent les débats sur le DPI ?

Marilène Vuille : l’historique du DPI a débuté à partir du moment où l’on a commencé à proposer des techniques in vitro. Les premières naissances ont eu lieu en Angleterre en 1978 et en France en 1982. De vives oppositions sont alors apparues, de la part des milieux conservateurs, bien sûr, mais aussi à l’intérieur des milieux féministes. On a en effet pu observer une fraction. D’un côté, des féminismes dénonçaient ces pratiques, comme une appropriation du corps des femmes et de leurs capacités procréatrices. Elles s’inquiétaient particulièrement de la commercialisation et de l’industrialisation des ovules. Elles sont par exemple représentées par le FINRAGE (Feminist International Network of Resistance to Reproductive and Genetic Engineering). De l’autre côté, certainEs considéraient ces techniques comme une possibilité de libérer les femmes de l’assignation sociale à la maternité.

DécadréE : Les rapports de pouvoir sont donc bel et bien présents, que cela soit du point du vu des opposantEs et du point de vue des partisanEs ?

Marilène Vuille : Oui. Ils ont d’ailleurs tout d’abord été dénoncés avec l’obstétrique, qui est perçue comme une science masculine qui se réapproprie l’expérience des femmes. La gynécologie-obstétrique est également signe de contrôle et d’inégalité, puisqu’elle n’a pas son égal pour les hommes. Pour les femmes, il parait tout à fait normal d’être contrôlée régulièrement et de prendre des traitements à long terme, comme la pilule. Ce n’est par contre pas du tout le cas pour les hommes. On le voit d’ailleurs avec les essais avortés de contraception masculine. Ces rapports de contrôle et de domination ont atteint un seuil avec l’arrivée des techniques de procréation médicalement assistées. On parle en effet de fortes intrusions dans le corps féminin au contraire du corps masculin. La technique de l’ICSI (Intra Cellular Sperm Injection) est pour cela un parfait exemple. Au contraire de la FIV, où le sperme et l’ovocyte sont simplement mis en présence l’un de l’autre, ici les scientifiques percent un trou dans l’ovocyte pour y insérer le sperme. Cela permet ainsi de soigner la stérilité masculine, puisqu’on peut utiliser des spermatozoïdes qui n’auraient pas pu féconder eux-mêmes l’ovocyte. Les problèmes avec de telles pratiques sont multiples. Tout d’abord, au contraire des hommes qui ne subissent aucun traitement, les femmes doivent prendre un traitement hormonal et subir une intrusion lors de l’extraction des ovocytes et lors de leur réinsertion. Plus encore, on est ici en train de traiter l’infertilité masculine sur le corps de la femme et non de l’homme dans un couple hétérosexuel

DécadréE : Vous nous parlez de l’ICSI et de la fécondation in vitro, mais où se situe alors le DPI dans ces débats ?

Marilène Vuille : Les questions sont en effet différentes si on réfléchit au DPI en terme d’intrusion dans le corps des femmes. Dans un contexte où les techniques de procréation médicalement assistée sont autorisées, le DPI n’augmente pas la tendance à intervenir sur les corps féminins. Pendant la grossesse, le diagnostic prénatal (DPN) est déjà largement pratiqué. Le DPN nécessite de prélever des cellules fœtales à travers le corps de la femme enceinte. Par contre, le DPI permet de dépister certaines maladies en laboratoire avant même l’implantation de l’embryon dans l’utérus, ce qui évite une intrusion supplémentaire. D’autres problèmes se posent si l’on réfléchit au DPI en terme de statut de l’embryon (est-ce un « amas de cellules » ou une personne humaine en devenir et à protéger ?). Mais là, on sort des questions de genre. 

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