Le mouvement anti-avortement prend de l’ampleur

Malgré la pluie et une présence policière massive, plus de 400 de personnes ont défilé ce samedi 17 septembre à Berne pour dénoncer « La Marche pour la vie » qui se tenait sur la Bundesplatz.

Publié le 24.09.16 par VALERIE VUILLE ET LINN LARSDOTTER, photo BERN STELLT SIE QUEER

La « Marche pour la vie », un rassemblement qui s’oppose au droit à l’avortement et au diagnostic préimplantatoire, a envahi samedi la Place Fédérale. Organisée par des mouvements catholiques et évangéliques, cette manifestation prônant des valeurs patriarcales et hétérosexistes, a lieu chaque année depuis 2009. Habituellement tenue à Zurich, cette septième édition a été déplacée à Bern, dans le but d’attirer l’attention des SuisseSSEs romandEs et des tessinoisEs. Les participantEs ayant été confinéEs par les autorités sur la Place fédérale, la « Marche » est demeurée statique.

En réaction à ce rassemblement, plus de 400 personnes ont défilé dans les rues bernoises pour défendre l’aspect non-négociable du droit à l’avortement. La voix de ce cortège d’opposition, constitué en majorité de jeunes adultes, s’est ainsi élevée entre cris, chants et sifflets venant perturber les propos fondamentalistes, sexistes et homophobes. Cette action questionne directement la présence inquiétante de telles opinions dans un lieu public comme la Place fédérale et entendait bien ne pas laisser ces propos violents s’y installer sans opposition. Les arguments des contre-manifestants se sont ainsi élevés tout au long des deux heures qu’aura duré le rassemblement de la Place fédérale. Dans une ambiance détendue et positive tout en faisant preuve de détermination, le cortège a réaffirmé le droit fondamental de disposer de son corps.

Le collectif Bern stellt sich Que(e)r est à l’origine de ce regroupement venu se mobiliser contre « la Marche pour la Vie ». Nous les avons rencontrés pour une interview.

DécadréE : Vous avez organisé la contre-manifestation contre « la Marche pour la vie ». Pourquoi est-ce important pour vous ?

Nous avons appelé à manifester , car nous souhaitions que notre opinion soit également visible. Officiellement, nous n’avons pas eu le droit de manifester, car l’autorisation nous a été refusée. Cependant, il était important pour nous d’être présents. C’est pourquoi nous avons appelé, ce samedi, à la créativité et à la désobéissance civique.

DécadréE : Que pouvez-vous nous dire de « cette Marche pour la vie »? Qui l’organise et que cela cache-t-il ?

A Berne, 40 organisateurs différents l’organisent. Cette alliance se compose de cercles religieux, notamment protestants, mais également d’églises libres. Ce qui est selon nous particulièrement dangereux, c’est l’acception par les autres églises chrétiennes de ces fondamentalistes. Il faut également noter que « la Marche pour la vie » ne se réduit pas à la Suisse. Différents pays participent à un réseau très bien organisé. Il y avait notamment une marche simultanément à Berlin samedi, où différentEs politicienNEs d’extrême droite étaient présents. En outre, des bus avaient été organisés pour conduire des participantEs étrangerEs à Berne.

DécadréE : Avez-vous l’impression que les mouvements contre l’avortement prennent de l’ampleur en Suisse ?

En Suisse, les revendications de la Marche (par exemple l’interdiction de l’avortement) ne trouvent que peu de soutien. Le mouvement des chrétiens extrémistes est beaucoup plus fort dans d’autres pays. En Autriche, certainEs intégristes attendent devant les centres hospitaliers universitaires et tentent d’influencer les jeunes femmes. Il faut cependant aussi voir que les réactions contre ces mouvements sont de plus en plus fortes et visibles. A Berne, si le mouvement des intégristes avait atteint 1000 personnes, celui des contre-manifestants en aurait atteint 4000 voire 5000.