Les Culottées

30 portraits de femmes, toutes aussi différentes les unes que les autres et ayant un seul point commun : l’affranchissement des normes. Avec son blog, puis ses deux BD, Pénélope Bagieu visibilise des femmes oubliées qui peuvent servir d’exemple ou pousser à la réflexion.

Publié le 17.12.2016 par VALERIE VUILLE

Les Culottées, c’est d’abord un blog du Monde, sorti juste après un scandale sur la visibilité des femmes dans la bande dessinée et notamment leur absence au festival d’Angoulême. Pénélope Bagieu proposait chaque semaine de mettre en lumière le portrait de femmes qui ont bravé les normes et s’en sont affranchies chacune à leur manière. 30 portraits, qui sont aujourd’hui regroupés dans deux tomes. Si le premier est déjà dans les librairies, le second sortira en avril.

Les histoires sont courtes et regroupent l’essentiel de la vie de ces jeunes femmes. Le style quant à lui est propre à l’artiste. Un trait dynamique, un peu brouillon qui laisse de la place à l’imagination et au mouvement. Les femmes sont dessinées dans toutes leurs diversités et leurs formes. Dans les Culottées, on oublie le cliché de la femme sexy aux formes plastiques. Chacune se révèle belle, mais unique.

L’histoire autrement

La diversité, elle se retrouve également dans les sujets traitées. Les femmes viennent de toutes les régions du monde et de toutes les époques. On suit ainsi autant Joséphine Baker, danseuse, résistante et militante antiraciste, Peggy Guggenheim, collectionneuse d’art moderne et mécène,  Hedy Lamarr, actrice à hollywood et inventrice que Sonita Alizadeh, rappeuse activiste afghane , ou encore Wu Zetian, impératrice de Chine.

Une diversité qui montre une réflexion sur l’histoire et ses filtres qui est d’ailleurs visible à plusieurs endroits dans les histoires. Mais si Pénélope Bagieu questionne très justement les qualificatifs « négatifs » qui sont restés collés au dos de Wu Zetian et l’oubli des avancées sociales qu’elle a engendrées, elle ne questionne pas les filtres coloniaux qui planent sur la carrière de Joséphine Baker. Il est en effet complexe de s’affranchir soi-même des carcans de l’histoire construite telle qu’elle l’a été. D’autant plus, lorsque l’on souhaite transmettre des récits courts et marquants.

Malgré tout, ces histoires ont le bénéfice de montrer que l’histoire n’est pas une vérité absolue, mais construite. Elles visibilisent ces femmes oubliées et montre également la diversité des stratégies existantes pour se libérer des normes, sans pour autant juger ces parcours individuels. Ainsi que cela soit Annette Kellerman qui s’affranchit de ces vêtements et prend soin de son corps grâce à sa passion pour la nage, Christine Jorgensen qui utilise les médias et l’image que ceux-ci lui ont accolé pour parler de la transidenté, Tove Jansson qui crée des livres pour enfant parlant de lesbianisme ou encore Lozen qui suit les traces de son frère pour devenir ensuite elle-même une guerrière apache, on observe que toutes les stratégies sont bonnes pour se dépatouiller et devenir soi-même.