Les femmes aussi sont fortes

Depuis toutes petites, on répète aux femmes qu’elles sont faibles et incapables de se défendre. Dire non, crier, repousser voire frapper ne sont alors pas toujours des réflexes évidents lorsqu’elles se trouvent dans une situation d’agression.

Publié le 11.09.2016 par MAUD MARCHAL DOMBRAT

 En 2016, les Suissesses continuent de faire face à la violence et aux agressions. Il peut s’agir d’agressions « mixtes », comme du racket ou de violences plus spécifiquement orientées vers les femmes, dites violences sexistes. Sur son site, le BFEG (Bureau Fédéral de l’Égalité) note ainsi que les femmes sont le plus souvent victimes de violence chez elles, dans leur propre maison. Dans le cas des agressions sexuelles, il apparaît également que la plupart des victimes connaissaient leur agresseur. Au-delà des programmes de prévention et des campagnes de sensibilisation, les femmes en tant qu’individus singuliers ont parfois du mal à se protéger. En effet, depuis leur plus tendre enfance, les petites filles intègrent leur faiblesse, leur fragilité, leur impuissance et leur délicatesse.

UN PROBLÈME CULTUREL

Pour les femmes, persuadées de ne pas être fortes, il est donc difficile de faire face à des situations de violence. Afin de surmonter la peur et d’apprendre à se défendre lorsque les ennuis arrivent, certaines personnes choisissent l’autodéfense. Martial Vout, conseiller en sécurité, garde du corps, instructeur en autodéfense et créateur de sa propre méthode  propose ainsi à ses élèves de reprendre confiance en elles en apprenant à se défendre. « Ma technique de self défense a pour but de retourner aux sources et de redécouvrir son instinct, explique Martial Vout, finalement, le poids, la taille, la masse musculaire, tout ça ne compte que dans le sport, comme les arts martiaux. Dans l’autodéfense, ça n’est pas la même chose. C’est un retour à nos armes naturelles, on oublie l’acquis, on se concentre sur l’inné. »

En proposant à ses élèves une technique de défense basée sur leurs capacités et leurs propres forces, Martial Vout remet en cause les idées et les stéréotypes sur la faiblesse intrinsèque des femmes. « Tout ça est un problème culturel, explique-t-il, on enseigne aux femmes à être faibles et soumises. Avec un tel bagage, c’est difficile d’être efficace quand on est agressé. Il faut savoir être solide, apprendre à dire non. Dans mon cours, on apprend à dissuader, à être sûre de soi. Les femmes doivent avoir confiance, elles sont fortes, elles peuvent apprendre à dégager cette assurance. »

L’intérêt de cette méthode d’autodéfense est donc de renier les apprentissages socioculturels imposés par nos sociétés patriarcales. Martial Vout enseigne à ses élèves à se servir de leurs armes naturelles, à être solides, à apprendre à dire non. Elles ne sont pas sans défense, elles sont fortes.

LA CONFIANCE AVANT TOUT

 Finalement, l’apport le plus important des cours d’autodéfense semble être la confiance en soi et en ses capacités. Connaître des gestes et des techniques pour se protéger permet à chacune d’oser faire de nouvelles choses et de repousser les limites qu’elles s’étaient imposées. « L’autodéfense m’a changée, raconte Éloïse, élève de Martial Vout. Je suis plus sûre de moi à présent. Je rentre par exemple à pied le soir, ce qui ne serait pas arrivé avant. Je suis moins stressée dans les transports au commun, je suis moins sur mes gardes, moins suspicieuse, plus tranquille. »

Laura, quant à elle, suit aussi des cours de self-défense depuis des années. Voyageant seule, elle a choisi d’apprendre à se défendre afin d’anticiper d’ennuis potentiels. « A la suite des cours, explique-t-elle, j’ai continué à voyager, mais mon comportement a un peu changé. Dans les situations difficiles, je montre maintenant que j’ai confiance en moi au lieu de me recroqueviller dans mon coin. Au final, je n’ai jamais eu recours à la force physique. »

Réaliser que les femmes ne sont pas faibles par essence est un pas important dans la lutte contre les violences dont elles sont victimes. Celles-ci ne sont donc pas une fatalité, fruit d’une faiblesse inhérente des femmes et d’une puissance intrinsèque des hommes. L’autodéfense peut donc s’avérer être un outil utile pour prendre confiance en ses capacités et en sa propre puissance.

Cependant, malgré l’intérêt évident d’un tel apprentissage, il ne faudrait pas que la responsabilité d’une agression retombe sur la victime, qui a su ou non faire face. Le responsable d’une agression est toujours l’agresseur et non la personne qui la subit. Peu importe si celle-ci savait se défendre ou non.