Les lesbiennes font leur cinéma!

Cette année, c’est la 28ème édition du film lesbien et féministe à Paris du 28 octobre au 1er novembre, organisé par l’association Cineffable. Pour cette occasion, Carole, une des organisatrices du festival nous explique de quoi il s’agit.

Publié le 27.10.2016 par MAUD DOMBRAT MARCHAL

DécadréE: Comment ce festival a-t-il été créé?

Carole: Le festival est né en 1989 d’un ciné-club qui regroupait tous les mois une poignée de lesbiennes parisiennes qui ont décidées de monter un événement permettant d’accorder une vraie place aux films lesbiens. Avant,  elles  allaient  au  festival  de  films  de  femmes  de  Créteil  mais  elles  trouvaient  que  ce festival accordait une trop petite place aux films lesbiens qui pourtant gagnaient souvent le prix du public.

DécadréE: Quels sont les objectifs de ce festival? Quels messages voulez-vous faire passer? Quels sont les outils mis en place pour y arriver?

Carole: L’objectif  de  ce  festival, et  plus  largement  de  l’association  Cineffable,  est  de  soutenir  et promouvoir  les  œuvres  de  femmes  et  de  lesbiennes,  d’abord  cinématographiques,  mais aussi plastiques ou encore littéraires… Le festival qui est organisé chaque année début novembre en constitue le vecteur majeur. Mais tout  au  long  de  l’année, en  province  comme  à  Paris,  Cineffable  propose  également des projections ouvertes à toutes et à tous en partenariat avec d’autres associations.

Ce festival est autogéré. Ces événements sont proposés et organisés par les membres bénévoles de l’association. L’organisation est non hiérarchique et les décisions sont prises collectivement lors  des  réunions  plénières  mensuelles.  Les  tâches  sont  réparties  dans  une  vingtaine  de commissions ce qui permet de répartir les éléments selon les envies et les sensibilités de chacune : programmation,  technique,  restauration,  exposition,  débats,  traduction,  langue  des  signes française…  Les  commissions  se  réunissent  toute  l’année,  dès  janvier,  afin  de  proposer  le festival  fin  octobre.  Le festival est quasiment 100% autofinancé grâce aux recettes des adhésions, des entrées et de la cafétéria qui propose des bons petits plats maisons pendant le festival.

DécadréE: Qu’est-ce qui a changé, depuis la première année?

Carole: Une des évolutions sensibles concerne la représentation des lesbiennes dans les médias culturels. Au début de Cineffable, on ne voyait que rarement des lesbiennes au cinéma ou à la télé. Aujourd’hui, il y a de plus en plus de représentations de lesbiennes accessibles et notamment via le téléchargement sur Internet par exemple ou la VOD*. (vidéo à la demande)

Afin de proposer un contenu attractif, notre programmation est plus sélective et nous proposons plein d’événements en plus des projections comme des concerts, expositions, ateliers, débats, performances. L’un des points forts du festival est également l’opportunité de rencontrer des réalisatrices venues du monde entier. Cette année, nous accueillons une vingtaine de réalisatrices venant d’Argentine, de Suisse, d’Ukraine, des États-Unis, du Kenya, du Canada ou encore du Kosovo… Elles viennent présenter leur film et répondre aux questions des festivalierEs après la projection. Elles participeront également à la table ronde des réalisatrices pour partager leur expérience en tant que femme dans ce métier trop souvent masculin. L’idée du festival est de créer un espace de convivialité favorisant les échanges et les rencontres.

DécadréE: Comment choisissez-vous les films à présenter?

Carole: La commission programmation commence à travailler dès le mois de janvier afin de pouvoir arrêter une programmation avant l’été. Nous sélectionnons des films réalisés par des femmes sur des thèmes lesbiens et/ou féministes qui n’ont pas encore eu la chance de jouir d’une grande visibilité. En effet, nous ne choisissons pas des films déjà diffusés à la télévision ou sortis au cinéma ou en DVD en France. Lorsque nous ouvrons le processus de sélection début janvier, nous recevons des candidatures spontanées et nous partons nous-mêmes à la recherche de films dans les festivals du monde entier ou dans nos réseaux construits au fil des années.

Cette année, plus de 300 films, courts et longs métrages, ont été visionnés en réunion afin de finalement présenter une sélection de 80 films pendant le festival.

21 séances sont nées de cette sélection dont notamment des séances avec des longs métrages fiction déjantés comme “Dyke Hard” ou plus romantiques avec par exemple “Me, Myself and Her”. Cette année, il y aura aussi quatre séances de courts métrages et nous proposons aussi des séances de documentaires militants comme “The Same Difference” ou  “475 : trêve de silence”.

Le festival aura lieu du 28 octobre au 1er novembre à l’espace Reully à Paris. Pour plus d’information et pour découvrir le programme de ce festival, rendez-vous sur le www.cineffable.fr.