Mobilisation contre les camps en Tchétchénie !

La situation des personnes homosexuelles est insoutenable en Tchétchénie, suite aux révélations parues en avril sur la présence de camps et l’incarcération de ces personnes. Une manifestation pour dénoncer cette situation s’est déroulée à Genève.

Publié le 15 juin 2017 par iris bouillet

Ce dimanche 11 juin, la Place des Nations accueillait un peu plus de 200 personnes pour la mobilisation contre les camps en Tchétchénie. L’événement était co-organisé par Amnesty UNIGE et Think Out – Association LGBT+Friends UNIGE, avec le soutien de nombreuses autres organisations, et avait pour but de dénoncer les violences exercées à l’encontre des personnes homosexuelles en Tchétchénie.

La situation en Tchétchénie

Depuis le début du mois d’avril, il semblerait en effet que la communauté homosexuelle soit particulièrement réprimée dans ce pays. Des camps d’emprisonnement et de torture ont récemment été découverts et ont fait l’attention de plusieurs médias, dont Novaïa Gazeta, qui reporte l’arrestation et la détention dans des prisons secrètes de plus d’une centaine de personnes[1]. L’existence des camps a été confirmée par Amnesty International Russie ainsi que Human Rights Watch. Quotidien – émission de télévision française d’infodivertissement présentée par Yann Barthès – a interviewé le premier réfugié tchétchène en France. Celui-ci témoigne qu’il est préférable de se faire arrêter pour terrorisme que pour homosexualité en Tchétchénie, car la deuxième condamnation responsabilise et punit également toute la famille de la personne dénoncée[2].

La réponse des autorités tchétchènes face à ces accusations ? Alvi Karimov – porte-parole du dirigeant tchétchène – a expliqué à l’agence de presse Interfax : « il n’y a pas d’homosexuels en Tchétchénie, alors comment réprimer des gens qui n’existent pas ?[3] » Cet argument est également relayé dans certains pays d’Afrique et permet de construire l’homosexualité comme un péché, une perversion d’Occident, qui n’existe tout simplement pas dans certaines régions.

« En tant qu’association représentant notamment les intérêts des étudiants LGBT+, nous avons pensé qu’il était important, tout d’abord, de faire savoir les crimes qui sont commis envers la communauté homosexuelle en Tchétchénie, explique Gregory Tschabuschnig, co-président de Think Out.  De plus, nous avons voulu faire savoir aux victimes et aux personnes qui se soucient de ces dernières, que le monde s’en soucie et se mobilise pour dénoncer ces graves violations des droits humains. »

Le choix de la place des Nations par les manifestants n’est pas innocente. Le co-président explique qu’au travers de cet emplacement particulier, ils ont voulu inciter les organisations influentes à agir et intervenir. «Comme le soulignait dans son discours d’ouverture la représentante du groupe Amnesty Unige et co-organisatrice de la manifestation, Laura Pasquier, nous demandons à la Confédération avec insistance d’accueillir les réfugiés homosexuels qui réussissent à fuir la Tchétchénie. », ajoute-t-il enfin.

A la place des Nations, des gens ont fait le déplacement depuis Lausanne-même, dont des membres de VoGay – association vaudoise des personnes concernées par l’homosexualité. Rosana Torres, animatrice bénévole au Groupe Jeunes de Nyon de Vogay – association pour la diversité sexuelle et de genre, explique son engagement lors de cet évènement : « Dans ma vie personnelle ainsi que dans mon travail pour Vogay, j’ai été témoin d’énormément d’homophobie et de transphobie, témoigne-t-elle. Qu’elle soit subtile ou évidente, intégrée, verbale ou physique, j’ai vu l’effet que cela peut avoir sur quelqu’un. » Mais ce n’est pas un motif suffisant pour elle, et elle tient à préciser : « Je n’ai jamais compris pourquoi, bien souvent, on pense qu’il faut être directement concernéE pour se mobiliser pour une cause. Peu importe mon orientation, concernée de près ou de loin, cela n’a pas d’importance. Ce qui se passe en Tchétchénie est un crime et cela nous concerne touTEs car nous avons en commun d’être humains. »

Des actions ont déjà été menées pour dénoncer ces actes et faire respecter les droits humains, telle que la pétition lancée par l’ONG Amnesty International. Comme le rappelle le co-président de Think Out, « cette manifestation a permis de signifier le désaccord de Genève avec la façon dont sont traitées les personnes LGBT+ en Tchétchénie ».

[1] TERVÉ, Claire. « Ces ONG veulent que Tillerson parle des « tortures » et « camps » pour homosexuels en Tchétchénie à Poutine. » In : Huffington Post [en ligne], 11.04.2017 URL : http://www.huffingtonpost.fr/2017/04/11/ces-ong-veulent-que-tillerson-parle-des-tortures-et-camps-po_a_22035153/, consulté le 12 juin 2017

[2] MyTF1 : https://www.tf1.fr/tmc/quotidien-avec-yann-barthes/videos/premier-refugie-tchetchene-arrive-france-l-interview-d-hugo-clement.html

[3] MONCEAU, Valentin. « La Tchétchénie aménage ses premiers « camps de concentration pour les homosexuels » calqués sur le modèle nazi. » In : Stop Homophobie [en ligne]. URL : https://www.stophomophobie.com/la-tchetchenie-amenage-ses-premiers-camps-de-concentration-pour-homosexuels-calques-sur-le-modele-nazi/, consulté le 12 juin 2017.