« Quand je vais à un festival, je sais que je vais sûrement me faire emmerder.»

Les festivals de musique, un cadre de fête idyllique ? Pas pour les nombreuses femmes qui y subissent harcèlement et agressions. Zoom sur un phénomène peu connu.

Publié le 26.08.2016 par VALERIE VUILLE

On paie son billet cher, on attend avec impatience l’été arriver et le temps des festivals, sans se douter que la soirée peut tourner en cauchemar. C’est souvent le scénario qui attend de nombreuses femmes qui sont victimes de harcèlement, d’agressions ou même parfois de viols. Ce phénomène, connu des associations qui luttent contre les violences sexistes, reste pourtant souvent ignoré des organisateurs de festivals, qui mettent en place peu de mesures pour les limiter.

Lisa en a vécu les frais. Avec des amies au Montreux jazz, elle pensait passer une belle soirée jusqu’à ce quelqu’un homme commence à l’interpeller. «On était en train de faire la queue et il faisait super chaud, explique-t-elle. C’était déjà désagréable, mais c’est devenu insupportable quand un homme s’est encore rapproché de moi. Il avait quasiment le pénis entre mes fesses. » La jeune femme se retourne alors et réagit. La réponse ne se fait pas attendre. « Il a commencé à être très agressif, ajoute-t-elle. Il criait. « Mais je ne vais pas te violer, quand même ! ». On s’est alors déplacées dans la queue pour s’éloigner de lui. Si ça avait dégénéré, je n’aurais pas su, où aller trouver de l’aide.»

Un phénomène courant

L’épisode ne surprend ni Lisa, habituée des festivals, ni Alicia Ségui membre de l’association Slutwalk. « On a eu souvent des cas de jeunes femmes qui ont subi des agressions lors des festivals, explique Alicia. Avec la fête et l’alcool, les gens se croient tout permis. C’est comme si le fait d’avoir bu de l’alcool leur donnait une excuse pour agresser les femmes.» Lisa confirme en effet que les festivals sont fréquemment le lieu de harcèlement. « J’adore y aller, mais à chaque fois je me pose la même question, confie-t-elle. Je suis devant mon armoire. Je sais qu’il va faire chaud et j’aimerais mettre un short, mais si je le fais c’est sûr qu’un homme viendra vers moi me draguer plus ou moins violemment durant la soirée. Comme je ne veux pas qu’ils aient du pouvoir sur ma manière de m’habiller, je mets mon short, mais ce n’est vraiment pas agréable. »

Au sein des festivals, le discours est pourtant tout autre. Si le Montreux Jazz refuse de s’exprimer sur cette question, le Paléo a quant à lui accepté de nous répondre par mail. S’ils concèdent être victimes de quelques incivilités comme des vols, des accidents ou des comportements agressifs, l’ambiance reste selon eux « propice à l’évasion » et même « idyllique ». Fait, qui expliquerait selon eux que le festival soit généralement épargné par ce genre de problème.

Des mesures présentes, mais disparates

Malgré tout, le Paléo compte un département de sécurité de 1’040 collaborateurTRICEs et des stands de prévention. «En cas de problèmes, toute personne importunée ou victime d’une incivilité peut s’adresser aux collaborateurTRICEs du festival, ou encore aux FranginEs, qui vont à la rencontre des jeunes et proposent accueil, aiguillage et informations préventives, explique Michèle Müller, responsable du service presse du festival. Nous avons également un stand nommé « La plage », lieu d’accueil et d’écoute à l’attention des adolescentEs ou encore le stand « Autour de Minuit », qui donnent aux festivalierEs la possibilité d’avoir un lieu d’écoute et de ressource auprès de professionnelLEs. »

Ni Alicia, ni Lisa n’étaient au courant de ces mesures, bien que toutes deux aient été au Paléo. Pour la membre de la Slutwalk, si ces mesures marquent une volonté de prévention, elles restent cependant insuffisantes pour lutter contre les violences sexistes. «Je ne connaissais pas vraiment et c’est difficile à donner un avis dessus, déclare-t-elle. Il faut cependant être très attentif et comprendre que des stands et des mesures de prévention sur le thème des agressions sexistes ne peuvent pas se faire sans une véritable sensibilisation des professionnelLEs et la création d’un espace « safe ». Les discours ne doivent pas être accusateurs et victimisants envers les personnes touchées. À la Slutwalk, on préconise également que ces espaces soient non mixtes. »

Des critères que les stands du Paléo ne semblent pas respecter. En effet, si les agents de sécurité sont formés de manière continue, le festival ne précise pas que l’une d’elles concerne spécifiquement les violences sexistes.