Turquie : quand l’horreur cessera-t-elle ?

#Everybodysperfect – Mercredi 19 octobre la projection du documentaire « Trans X Istanbul » réalisé par Maria Binder. Un film saisissant sur les violences que subissent les personnes trans* sous les yeux impassibles du gouvernement turc.

Publié le 21.10.2016 par FANNY SCUDERI

Depuis 2003, la marche des fiertés LGBT* (lesbienne, gay, bi, trans*, +) avait toujours eu lieu à Istanbul, mais en juin 2016 le gouvernement turc en décide autrement et l’annule. Le 8 août 2016, Hande Kader, femme trans* et égérie de la Pride est tuée dans une violence inouïe. Ce documentaire se déroulant principalement à Istanbul, en Turquie, témoigne de ce climat hostile envers les personnes trans*. C’est dans le quotidien d’Ebru, la protagoniste principale du documentaire, que l’on est immergé. Insultes, menaces de mort, crimes de haine : les personnes trans* subissent au quotidien le rejet et la brutalité que ce soit de la part de l’État ou des particuliers.

Une volonté sans failles

Mais le documentaire témoigne également du refus de la police de traiter les affaires : lorsqu’elles se font agresser, les plaintes ne sont pas enregistrées et les agresseur-EUSEs, jamais inquiétéEs. Ebru se bat pour rendre visibles ces violences et lutte pour protéger les personnes trans*. Mais elle le dit, de toutes ses amiEs, elle n’en connaît que deux qui ont connu la vieillesse, les autres ont vu leur vie volée avant de pouvoir l’atteindre. Un danger constant alimenté par des politiques étatiques discriminantes : chassées de leurs logements, car trans*, ce groupe de femmes se retrouve dans la précarité et l’insécurité. Elles sont obligées de s’éloigner du centre urbain pour s’installer dans des quartiers périphériques, encore plus dangereux pour elles. Ebru tente alors avec l’aide de ses amiEs de créer un centre de refuge pour les personnes trans*.

Bien que le documentaire manque sensiblement de construction narrative, de nombreux sujets y sont abordés. Il permet ainsi d’offrir une vision globale de la situation et dresse le portrait de ces femmes courageuses.

Le film a reçu le prix des Droits de l’Homme au festival d’Istanbul, récompense attribuée par le Conseil de l’Europe. Dans une société dans laquelle l’on exclut les individus, car ils sont différents, on ne peut que se réjouir d’une telle reconnaissance. Nominé dans la catégorie long-métrages documentaires à Genève, le film est peut-être à un pas d’une nouvelle récompense.